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La bourse ou l’école ?

janvier 8th, 2010 | No Comments | Posted in Politique
Bientôt 30% de boursiers à Polytechnique ?

Bientôt 30% de boursiers à Polytechnique ?

Cela fait maintenant une semaine que tout le monde en parle : les Grandes Ecoles vont bientôt devoir intégrer 30% d’élèves boursiers. La mesure en elle-même n’a pas suscité plus d’indignation que cela ; c’est lorsque la Conférence des Grandes Ecoles a protesté que la polémique est apparue.

Je dois avouer que la question est difficile à trancher. Venant moi-même d’une école d’ingénieurs, j’ai pu constater le phénomène de reproduction sociale : au moins trois étudiants sur quatre avaient des parents cadres, bien souvent cadres sup’. Il est vrai que cette situation est choquante, et honteuse.

Il y a donc un vrai problème : comment faire pour ouvrir ces Ecoles aux jeunes issus des milieux défavorisés ?

A cette question, le gouvernement répond par cette notion récurrente dans les discours de N. Sarkozy : la discrimination positive. Cet oxymore est pour moi une grave erreur. Essayer de rectifier une inégalité en en introduisant une autre ne peut pas aboutir à une solution durable. Il s’agit tout au plus d’un pansement, une rustine mise en place pour cacher le vrai problème.

Ce qu’il faut savoir concernant les Grandes Ecoles, c’est que les concours sont déjà gratuits pour les boursiers. Même chose pour les frais de scolarité : les boursiers n’ont pas à les payer. Et, plus encore, dans les écoles d’ingénieurs, meilleur est l’élève, moins la scolarité coûte cher : ainsi, alors que les moins bonnes écoles sont privées  (et donc vite inabordables), les meilleurs écoles sont publiques et donc avec peu de frais, et dans les « tops » écoles (Polytechnique, l’ENS), les élèves sont même payés.

Que peut faire l’Etat par rapport à cela ? Déjà, baisser encore les frais de scolarité, et en particulier dans les écoles de commerce. Une loi limitant les abus (comment peut-on accepter de payer plusieurs milliers d’euros pour étudier dans certains écoles ?) me paraît inévitable. Dans le cas présent, les plus défavorisés ne sont pas forcément les boursiers, mais plutôt ceux qui n’ont pas eu de bourse, de justesse : la différence de frais entre les deux peut atteindre la dizaine de milliers d’euros par an pour certaines écoles.

L’Etat peut aussi obliger les Ecoles à prendre 30% de boursiers. Mais cette mesure ne servira qu’à une chose : potentiellement baisser le niveau des concours. Il ne faut pas mal interpréter cette affirmation : interdire plus de N% de boursiers baisserait potentiellement le niveau, avec la même logique. Il ne s’agit que d’un trompe-l’oeil, un tour de passe-passe de statisticien. Certes, la mixité sociale sur les bancs des amphis sera accrue, mais l’ascenseur sociale sera-t-il pour autant réparé ?

Certains ont compris que le problème venait d’ailleurs. Une proposition a vu le jour ces derniers temps : supprimer les épreuves de culture générale et de langues aux concours. Ces épreuves seraient en effet la cause des inégalités face aux examens d’entrée : un jeune ayant pu partir à l’étranger, visiter des musées, etc. (donc un enfant de riche) serait avantagé par rapport à un enfant de pauvre.

Cette proposition n’est pas sans rappeler la proposition de suppression de l’histoire-géo du programme des terminales S : deux propositions (totalement) stupides. Si on veut rétablir l’égalité entre les jeunes défavorisés et les jeunes « riches », tout comme entre les scientifiques et les littéraires, ce n’est pas en nivelant par le bas ! La vraie solution serait de permettre aux jeunes « d’en bas » de partir à l’étranger, de leur offrir un accès à la culture digne de ce nom.

On attend plus d’un élève de Grande Ecole qu’être une machine à calculer (pour les ingénieurs) ou une machine à vendre (pour les commerciaux). Sachant qu’ils sont appelés à occuper des fonctions importantes au sein de la société, il est primordiale qu’ils aient un minimum de culture générale, qu’ils connaissent autre chose que leur domaine de spécialité. Bien sûr, cela rentre en conflit avec notre société, qui met l’homme au service de l’entreprise, et qui attend des Ecoles qu’elles leur mettent à disposition des employés qui rentrent dans le moule, et non des individus (je parle des Ecoles, mais avec la loi sur l’autonomie des universités, cela touche désormais tous les étudiants).

Imposer un quota de boursiers aux Grandes Ecoles, supprimer les épreuves de culture générale aux concours, deux mauvaises solutions pour un même problème.

Je me garderai bien de proposer ici une solution « idéale » qui résoudrait tout ça d’un coup de baguette magique… Mais il est évident qu’il faut la chercher en amont des concours, en amont de la prépa. Il y a à la fois un problème culturel : combien de jeunes – et de parents – s’auto-censurent ? C’est à cela que s’attaquent certaines Grandes Ecoles en organisant des tournées dans les lycées de banlieue, pour leur montrer qu’elles ne sont pas inaccessibles. Et il y a aussi la question, plus que jamais d’actualité, de l’égalité des chances au collège, au lycée. C’est à ce niveau-là que doit agir l’Etat, afin de casser la reproduction sociale.

J’ajouterais bien un mot sur les établissements privés (collèges, lycées, Ecoles, etc.), dans lesquels « je paye, donc je suis », mais on n’en finirait plus. Peut-être un jour…

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