Vous avez dit campagne ?
La campagne pour le premier tour des élections régionales arrive à son terme. Depuis plus d’un mois, les différents partis s’opposent sur le terrain. Oui mais quel terrain justement ? Sans doute le caniveau.
Il y a eu « l’affaire Frêche » (j’y reviens plus tard), et la formation d’une liste PS concurrente. Il y a eu « l’affaire Soumaré », et l’UMP qui se met à inventer n’importe quoi pour dénigrer un candidat socialiste. Il y a eu A. Poniatowski (UMP) qui invente une affaire d’emplois fictifs contre Michèle Sabban (PS). Il y a eu la candidate voilée sur une liste LCR. Il y a eu toutes les petites phrases du style « le frêchisme, c’est du Mussolini » (D. Cohn-Bendit – EE), « Ségolène Royal rassemble les harkis » (D. Bussereau – UMP), les jeunes UMP comparés aux jeunesses hitlérienne par le maire (PS) d’Angoulême, ou encore la comparaison des méthodes de S. Royal aux méthodes nazies.
C’est ça, une campagne électorale ?
Où sont les débats d’idées ? Où sont les oppositions idéologiques ?
Il y a définitivement deux politiques différentes. La politique « de la télé », celle qui fait vendre des torchons journaux, celle qui est à base de petites phrases, de basses accusations et d’images. Et puis il y a la politique de terrain. Celle qui ne fait pas parler d’elle.
Oui, contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, la politique ne s’arrête pas à ce que les médias veulent bien nous montrer. La politique, c’est aussi les militants qui prennent sur leur temps personnel pour aller expliquer le fonctionnement d’une région aux Français. Ce sont ces militants qui, malgré le froid, sont sur les marchés pour présenter le bilan de Jean-Paul Huchon et du PS, et le programme pour les années à venir. Je dis PS, mais nous avons également croisé le Parti de Gauche, le Modem et même l’UMP (certes, pas très longtemps).
Mais évidemment, ça on n’en parle pas. « Tous pourris », etc. Après ça, on s’étonne que les gens votent mal. Mais personne n’arrive à avoir la parole suffisamment longtemps pour leur expliquer l’enjeu de l’élection qui arrive.
Du coup, les sous-arguments fusent. Qui a entendu, répété inlassablement par l’UMP et le Front National, « depuis 12 ans, Huchon a laissé les transports se dégrader » ? Tout le monde. Qui sait, en revanche, que les transports ne font partie du domaine d’intervention de la région que depuis 3 ans ? Que c’est bien l’Etat qui a laisser pourrir la situation ? Personne. Et ce n’est qu’un des nombreux exemples que l’on peut trouver.
A quoi sert de mener une campagne sur le terrain ? A quoi sert d’expliquer tout ça, si une petite phrase, un sourire sur TF1 vient contrecarrer tous les efforts menés sur le fond ?
L’exemple le plus marquant, à notre niveau, est sans doute le score d’Europe-Ecologie aux européennes à Puteaux. Il n’y a pas d’Europe-Ecologie sur notre ville (la section des Verts à Puteaux comptant un unique membre) ; ce parti n’a donc absolument pas fait campagne sur le terrain. Et pourtant, il fait un score de 19% aux élections, grâce au sourire de Cohn-Bendit. Que dire ?
Je termine par une petite parenthèse sur le cas Frêche. J’entends ici et là des sarcasmes sur le PS concernant cette « affaire ». Revenons sur terre ! A part le PS, quel parti, en France, aurait le courage de perdre la tête d’une région juste pour ses valeurs ? La tendance actuelle est à s’agripper à son poste, no matter what. Et même si l’exclusion (dans les faits) de Frêche arrive un peu tard, mieux vaut tard que jamais, et c’est vraiment une excellente décision, qui demandait un vrai courage politique. On pourra simplement regretter que le PS ne se soit pas ensuite rangé derrière Europe-Ecologie… Et que Collomb nous le casse encore (le colon) à l’ouvrir un peu partout pour soutenir les barons qui s’agrippent désespérément à leur fief en s’appuyant sur une quasi-mafia locale (et qui, au passage, ont autant d’effet sur moi qu’une bonne gastro). Des pratiques que nous connaissons dans le 92, bien qu’ici on les retrouve du côté UMP (Ceccaldi, Balkany et leurs amis).
Il est possible que la Gauche gagne ce week-end. Dans l’absolu, c’est une excellente chose, et tous les Français peuvent s’en frotter les mains. Même si, faute d’explications, ils ne savent pas pourquoi.
Best-of :
« J’ai toujours été élu par une majorité de cons », Georges Frêche.











